L’intégration scolaire, par opposition à une présence « passive » à l’école, signifie que les enfants autistes prennent part aux activités proposées,
qu’ils suivent le rythme scolaire, qu’ils entrent en contact avec leurs camarades. Or, cela n’est possible qu’à deux conditions :
- si les troubles du comportement qui caractérisent l’autisme sont correctement identifiés et progressivement surmontés par un travail spécifique et quotidien ;
- si l’enfant autiste est accompagné par des personnes compétentes.
L’intégration scolaire avec accompagnement proposé par l’association « Les premières classes », se met en place après
l’élaboration d’un projet éducatif personnalisé qui
se base sur l’évaluation des besoins et des compétences de l’enfant autiste. Celui-ci est élaboré par un psychologue superviseur en collaboration avec les parents
et l’équipe éducative de l’école.
Les objectifs de l’intégration sont l’accès aux apprentissages scolaires et à la socialisation. Pour cela, on propose un accompagnement
de l’enfant au sein de la classe par un accompagnateur-psychologue.
Les objectifs de l’accompagnement individualisé
Les projets d’intégration mis en place depuis 2001 dans le cadre de l’association « Les premières classes » ont tous connu à ce jour une évolution très positive.
Ils reposent sur l’accompagnement de l’enfant dans tous les apprentissages, à l’école mais aussi dans tous les instants de la vie quotidienne, par des personnes
compétentes. Le système « du 1 pour 1 » soit un adulte pour un enfant autiste, se justifie par les spécificités des troubles autistiques. Quelle que soit l’approche
éducative retenue (TEACCH ou ABA, voir le détail dans la rubrique «
les stratégies éducatives et comportementales » sur ce site), l’accompagnement individualisé doit permettre
à l’enfant de :
- communiquer et mieux comprendre les consignes : en effet, le trouble de la communication est le principal handicap rencontré par l'enfant autiste.
Il provoque des difficultés à recevoir les messages adressés par autrui, a fortiori lorsque ces messages sont adressés par l’enseignante à l’ensemble de la classe.
L’enfant ne comprend alors pas que la consigne s’applique aussi à lui. D’où la nécessité d’une reprise individuelle des consignes par un accompagnateur qui va ainsi aider
à la compréhension et ce en dehors de tout trouble des apprentissages (c'est-à-dire que potentiellement, l'enfant peut faire l'apprentissage proposé par la classe,
mais il ne le fera que si on l'accompagne de manière spécifique et constante).
- réguler l’activité et catalyser le travail : la régulation des activités est une autre spécificité des problèmes rencontrés par l’enfant autiste.
Il peut avoir des difficultés à initier, maintenir ou arrêter une activité. Souvent la principale difficulté réside dans l'initiation de l'action. Il est donc nécessaire
d'initier l'action pour que l’enfant puisse l'exécuter. Ce problème de régulation de l'action est très différent d'un problème d'autonomie; l'enfant sait faire les choses,
mais ne parvient pas à lancer son activité seul. L'accompagnateur suit l'enfant dans toutes ses activités tout en lui laissant suffisamment de latitude pour qu'il parvienne
ensuite à s’autonomiser. Toute la difficulté de cet accompagnement réside donc dans le fait d'ajuster au mieux l'intervention de l'adulte auprès de l'enfant.
- s’adapter à son environnement : les enfants autistes présentent un style cognitif particulier qui se traduit souvent par une hétérogénéité dans les compétences
cognitives. Ils présentent en particulier des difficultés pour acquérir la théorie de l'esprit (capacité d'attribuer à l'autre un état mental et capacité à comprendre
l’implicite), ce qui peut engendrer des comportements très particuliers qu'il faut pouvoir décoder tout au long de la journée. Cette difficulté d'accès à l'implicite
est rencontrée dans les enseignements scolaires (par exemple dans les énoncés des exercices) mais aussi dans les interactions avec les autres dans la mesure où l’enfant
autiste ne parvient pas à déceler les intentions de ses camarades ou de ses enseignants. Là encore, la médiation de l’accompagnateur est essentielle.
L’accompagnateur a aussi pour rôle de faire le lien, d’une part entre les activités scolaires et extrascolaires, et d’autre part parmi l'ensemble des intervenants
(scolaires ou autres) afin de les aider à comprendre au mieux le fonctionnement cognitif de l’enfant.
Compte tenu des principales difficultés rencontrées par ces enfants et de
leur style cognitif très spécifique, il est impératif qu’ils bénéficient d'un accompagnement
individuel par une personne formée, qui va jouer le rôle de référent tout au long de la journée.
Les caractéristiques de l’accompagnement individuel et professionnalisé
Dans les projets d’intégration de l’association « Les premières classes », l’accompagnement d’un enfant est :
- intensif : l’accompagnateur est toujours présent auprès de l’enfant lorsqu’il est à l’école.
Si la scolarisation n’est pas encore possible à temps plein ou en cas de nécessité, il intervient également au domicile pour l’apprentissage des gestes
les plus élémentaires de la vie quotidienne (se tenir à table, tenir son crayon, traverser la rue…).
- individualisé : en règle générale c’est le principe du « 1 pour 1 » qui prévaut. Mais pour des enfants présentant des troubles sévères, certains professionnels
recommandent parfois un suivi plus intensif effectué obligatoirement par 2 personnes.
- exhaustif : l’accompagnement doit porter sur tous les domaines du développement (langage, moteur, cognitif, social...)
afin d’obtenir un épanouissement le plus harmonieux possible.
- personnalisé : les symptômes autistiques sont divers selon l’intensité du trouble, l’âge de la personne et l’environnement.
Le suivi mis en place doit de ce fait être du « sur-mesure » car ce qui peut aider un enfant n’est pas forcément efficace pour un autre.
- professionnalisé : les modalités d’une intervention efficace auprès des autistes sont très pointues. Elles nécessitent une formation spécifique
et des connaissances avancées qui sont le propre des spécialistes. Concrètement, les accompagnateurs-psychologues doivent être dirigés et supervisés
par des professionnels ayant un haut niveau de formation et une longue expérience.
L’évaluation de l’enfant et l’élaboration du projet psycho-éducatif
Concrètement et quelle que soit la méthode éducative retenue, le suivi commence toujours par une évaluation poussée des compétences de l’enfant dans des domaines
très variés afin de définir
un projet éducatif personnalisé (ou curriculum). Ce projet éducatif consiste en
l’évaluation de ses capacités et de ses particularités
cognitives et sociales afin que les objectifs, les attentes et les demandes soient appropriés à son niveau de compréhension et à ses compétences. Cela permet
d’orienter les interventions des enseignants et de l’accompagnateur-psychologue au sein de la classe. En effet, il est essentiel de proposer à l’enfant un rythme
et un environnement qui prenne en compte ses particularités et dans lequel il puisse évoluer positivement. Par la suite, les interventions doivent être soumises
à des évaluations fréquentes.
L'observation directe et la mesure des performances individuelles sont utilisées pour déterminer les progrès qui apparaissent
et pour ajuster les programmes d'apprentissage.
Le projet psycho-éducatif est élaboré par le psychologue superviseur à partir des consultations faites avec la famille, et du bilan psychologique qui évalue
les compétences spécifiques de l’enfant autiste. C’est un accompagnateur-psychologue qui assure les séances de remédiation cognitive à domicile par la mise
en application de ce projet éducatif individualisé. L’objectif est de proposer à l’enfant des
exercices d’apprentissages qui stimulent et développent ses compétences
émergentes. Le maintien d’un haut niveau d’interaction avec l’enfant permet d’intégrer au programme,
l’apprentissage de comportements sociaux adaptés et de diminuer
progressivement les comportements inappropriés. L’objectif à long terme est que l’enfant puisse
généraliser ses acquis à l’ensemble de son environnement
et dans d’autres situations sociales.
Les séances à domicile
Le travail à domicile à deux fonctions. D’une part, il vient
approfondir ce qui est fait à l’école. L’enfant autiste a souvent besoin de reprendre un grand nombre
de fois un exercice pour qu’il soit acquis (système d’essais répétés). D’autre part, le travail à domicile
complète les apprentissages faits à l’école pour englober
tous les domaines de la vie quotidienne, en particulier en ce qui concerne l’autonomie et le contrôle des comportements. Parmi les thèmes travaillés au domicile figurent
donc des domaines aussi variés que l’autonomie au sens strict (propreté, utilisation des couverts, habillage, apprendre à traverser), le jeu (jeu de faire semblant,
capacité à jouer seul puisqu’un enfant autiste en général ne sait pas jouer), les loisirs (comme le vélo, la trottinette), l’imitation, le langage ainsi que tous les
autres apprentissages scolaires lorsqu’il est nécessaire de les reprendre.
Pour voir 2 extraits d’une séance à domicile, cliquez ci-dessous
- Séance d’écriture (intégrer ici vidéo intitulée « seance domicile écriture.mov)
- Reconstitution d’une histoire (intégrer ici vidéo intitulée « seance domicile reconstitution histoire.mov)
L’implication familiale et la guidance parentale
Suivant l’approche psychanalytique de l’autisme qui prévaut malheureusement encore en France, les parents sont à l’origine des troubles de leurs enfants.
Il faut donc les en éloigner, ce qui est la cause de nombreuses souffrances de part et d’autre. A l’inverse, dans l’approche éducative choisie par l’association,
les parents sont partie prenante du suivi. En effet, hors des périodes d’accompagnement, ce sont eux qui doivent prendre le relais pour assurer la continuité
du suivi de leurs enfants. Ils arrivent ainsi à mieux comprendre et gérer les situations, ce qui permet à chacun de retrouver sa place pour le bien-être de tout le monde.
Pour ce faire, le psychologue référent doit rencontrer au moins une fois par mois les parents, afin de
faire le point sur le suivi de leur enfant et,
comme dans le cas de l’accompagnateur, de les éclairer sur les difficultés rencontrées dans la vie quotidienne (système de « guidance parentale »).
Dans le même esprit, l’association « Les premières classes » organise et finance des formations pour les parents, également ouvertes aux accompagnateurs.