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La rééducation pluridisciplinaire à définir en fonction du type de troubles
 

Avec une stimulation adaptée, précoce et intensive, on peut réellement repousser les limites du handicap et apporter un mieux-vivre aux enfants autistes et à leur entourage. En complément des thérapies éducatives et comportementales qui peuvent être mises en place, une rééducation pluridisciplinaire s’avère souvent nécessaire pour ces derniers, car ils souffrent tous d’un certain nombre de troubles spécifiques, dont la sévérité peut être plus ou moins importante :

  • Les troubles langagiers qui touchent à la fois la compréhension et l'expression verbale et peuvent affecter la syntaxe, la sémantique, la phonologie, la pragmatique, le discours…
  • Les troubles du schéma corporel et de l’image de soi qui se traduisent par des difficultés pour l’enfant autiste à connaître, se représenter et vivre son propre corps.
  • Les troubles de l’abstraction qui se traduisent par une difficulté à dégager les éléments essentiels d'un ensemble complexe pour intégrer un concept (la compréhension est meilleure pour des éléments concrets).
  • Les troubles de généralisation qui s'expliquent par une difficulté à appliquer à d'autres situations, des notions apprises dans un contexte donné.
  • Les troubles de perception du temps qui les empêchent de comprendre les notions temporelles et de se repérer dans le temps.
  • Les troubles au niveau des habiletés métalinguistiques qui se manifestent par une difficulté à évoquer des rimes, à classer par champs sémantiques, à faire l'analyse des ambiguïtés, à saisir le langage figuré ou abstrait…

Par ailleurs, d’autres troubles peuvent s'ajouter à des degrés variables, laissant place à un ensemble de combinaisons possibles :

  • Un trouble de la motricité globale qui se traduit par la difficulté d'exécution d’un geste et du maintien de l'équilibre.
  • Des difficultés gestuelles pouvant aller jusqu’à un trouble praxique, qui se traduit par  l’altération de la capacité à exécuter de manière automatique des mouvements déterminés. Ce dysfonctionnement du cerveau est appelé dyspraxie, et il en existe de nombreux types comme par exemple:
      • la dyspraxie buco-faciale (difficultés pour réaliser des gestes des organes de la phonation et du visage, comme souffler des bougies, siffler, faire des bulles..),
      • la dyspraxie constructive (difficultés dans l’assemblage, les jeux de construction ou le graphisme),
      • la dyspraxie idéo-motrice (difficultés à réaliser des gestes symboliques et des mimes, comme faire semblant de jouer de la trompette par exemple),
      • la dyspraxie de l'habillage (difficultés à agencer, orienter ou disposer les vêtements lors de l'habillage et pour se boutonner, utiliser une fermeture éclair ou  faire ses lacets).
  • Un trouble de la motricité fine
  • Un trouble de la parole qui représente des atteintes variées de différents paramètres de la parole (articulation, phonation, fluidité, résonance, prosodie).
  • Un trouble de perception visuelle qui les empêchent de discriminer des informations visuelles, si celles-ci sont présentées à une vitesse trop rapide.
  • Un trouble d'orientation spatiale donc des difficultés à se repérer et à s'organiser dans l'espace.
  • Un trouble de perception auditive qui se traduit par des problèmes de discrimination des sons et de leur séquence. Ce trouble peut être relié à la durée du signal sonore.
  • Certains troubles de comportement qui sont souvent liés à leur trouble de compréhension et d'adaptation à une situation: instabilité ou inhibition psychomotrice, difficulté à réguler la gestion des émotions, déficit de l'attention et de la concentration, variation des performances d'une fois à l'autre dans une situation identique, manque d'anticipation de ce qui va se passer, persévération sur une activité stéréotypée.

Ainsi et pour réguler ces troubles, une prise en charge adaptée et individualisée en orthophonie et/ou en psychomotricité peut être recommandée.

Ces soins sont effectués en institution ou en libéral, et sont mis en place librement par les parents avec les professionnels de leur choix. Il est important que ces professionnels soient formés à l’autisme, et la collaboration avec les parents est primordiale.
La prise en charge en orthophonie
 

L’orthophoniste est le professionnel de santé qui exécute des actes de rééducation constituant en un traitement des anomalies de nature pathologique de la voix, de la parole et du langage oral ou écrit.
Il établit un diagnostic à la faveur d’un bilan que le médecin aura prescrit (afin de permettre un remboursement des actes par les organismes de la Sécurité Sociale) et peut soit dispenser des séances dont le nombre et la cotation auront été prédéfinies par le médecin, soit définir lui-même ces éléments.

Retard, perturbations du langage ou écholalies des enfants autistes

Une langue est un ensemble de signes, de symboles : des sons qui signifient chacun quelque chose de différent. Les autistes sont handicapés sur le plan de la compréhension du sens. Le langage leur pose donc nécessairement des problèmes. Mais il faut bien savoir que leur handicap linguistique ne s'explique pas par le niveau de leur QI. Certains enfants autistes parviennent à construire des phrases complètes, mais ces phrases ont quelque chose d'étrange. Le langage semble artificiel, impersonnel, solennel, laborieux, compliqué, avec par moments un vocabulaire et une syntaxe bizarres, comme s'il ne s'agissait pas de leur langue maternelle. Les mots abstraits, c'est-à-dire ceux dont la signification échappe aux perceptions de la vue, de l'ouïe ou du toucher, représentent l’une de leurs plus grosses difficultés.
Enfin, il y a des enfants qui n'apprennent absolument pas à parler. Il s'agit, la plupart du temps, de ceux qui souffrent en même temps d'un retard mental modéré ou profond.

L'utilisation au sens figuré des mots, par ailleurs concrets, reste pour eux très difficile. Ils savent, par exemple, que "pied" désigne l'extrémité inférieure du corps humain, mais ne comprennent pas si on parle du "pied de la montagne". Car avec la meilleure volonté du monde, ils ne peuvent concevoir que la montagne ait un pied.

L'écholalie ou le fait de répéter en écho des mots, bribes ou phrases entières entendues, est assez courante. Les enfants autistes n’emploient pas ces mots pour leur sens propre et peuvent leur donner une signification très personnelle, et cela sous l'effet d’expériences vécues qui les ont fortement marqués.

De plus, les enfants autistes sont typiquement incapables de comprendre les signes, que ceux-ci relèvent de l'audition, de la vue ou du toucher. On les dit "asymboliques" ou "hyposymboliques". Il leur est très difficile de comprendre ce que signifient par exemple un sourire, un mot gentil, une caresse, un baiser ou un froncement de sourcils.

Quelques exemples concrets

- Le manque de compréhension du sens :
« Les enfants autistes peuvent, par exemple, comprendre le mot "devoir" dans le sens de tâche scolaire et le mot "pensée" en tant que fleur, mais ils ne peuvent pas saisir le sens de "devoir" (obligation) ou de "pensée" (idée) ».

- L’écholalie avec utilisation détournée du sens :
« Un petit enfant autiste de cinq ans va et vient nerveusement, il pousse de temps en temps quelques cris aigus, se laisse ensuite tomber par terre et se met à agiter les bras en criant. Sa mère se souvient que vers cette heure, on se met habituellement à table. Elle suppose que l'enfant a faim. Comme il n'a pas d'autres moyens d'expression, il utilise son accès de colère pour se faire comprendre. La mère lui demande: "Veux-tu de la soupe?" et lui tend un bol de potage. Elle ne s'est pas trompée, l'enfant se calme. Il est possible que cet enfant, après cette expérience frappante, associe les sons "Veux-tu de la soupe?" à la sensation de faim et se cramponne à cette association. Par la suite, lorsqu'il aura faim, il se répétera à lui-même : "Veux-tu de la soupe?". Il n'a pas bien compris les mots, sinon il dirait : "Je veux de la soupe" ou "J'ai faim". Il peut même arriver que les sons "Veux-tu de la soupe" soient associés non seulement à la faim mais d'une façon plus générale à la sensation de malaise ou à un état de besoin. Il dira alors "Veux-tu de la soupe?" chaque fois qu'il ne se sentira pas à l'aise ou aura besoin de quelque chose ».

- Pour communiquer, privilégier le concret à l’abstraction :
« Au lieu de dire "boire", par exemple, on portera un verre à la bouche. Ensuite, le même geste sera fait mais sans verre. Un tel signe est beaucoup plus proche du signifié que le son "boire". Il n'est pas du tout surprenant de voir les enfants qui sont incapables de manier le langage de façon signifiante, se mettre à communiquer de cette façon-là et à émerger ainsi de leur isolement. »

L’expérience professionnelle d’une orthophoniste

« La rééducation orthophonique, en institution ou en cabinet libéral, fait partie des soins à envisager pour la personne atteinte d’un trouble envahissant du développement (TED), du fait de l’atteinte plus ou moins importante de son envie de communiquer et de ses moyens de communication. Cette prise en charge peut commencer à tout âge et doit s’insérer harmonieusement au sein des autres prises en charge, afin que le tout soit cohérent pour l’enfant (l’adolescent ou l’adulte) et respectueux de son rythme de vie.
L’orthophoniste cherchera avant tout à faire émerger l’appétence pour la relation et donc pour la communication ; elle proposera différents modes de communication (langage oral, langage gestuel, langage via les images et les pictogrammes, langage écrit) afin d’optimiser les chances de trouver le plus efficace à une période donnée, approfondira celui-ci quitte à en changer au fur et à mesure des progrès de l’enfant (par exemple, passer par les pictogrammes et/ ou les gestes pour arriver à la compréhension du langage oral et à l’expression orale).
L’orthophoniste se doit également d’accompagner les proches de l’enfant :

  1. pour leur expliquer au mieux les raisons de son trouble de la communication (compréhension et expression), éclaircissant de ce fait ses modes de fonctionnement ;
  2.  pour mettre en relief à leurs yeux les qualités présentes chez l’enfant qui permettront de l’amener vers plus de communication ;
  3. pour les guider dans leurs manières de parler et d’agir avec l’enfant afin que ces qualités soient exploitées au plus vite et au mieux ».

Virginie Prat,
orthophoniste spécialisée TED

Une alternative au langage pour communiquer : le PECS (Picture Exchange Communication System) :

Le PECS a été élaboré par Andrew Bondy et Lori Frost dans le cadre du Programme pour l’Autisme de l’état du Delaware (E.-U.), en réponse aux grandes difficultés rencontrées par les enfants atteints d’autisme pour communiquer leurs besoins à leur entourage. C’est une méthode alternative et augmentative de communication, c’est-à-dire qu’elle va permettre à la personne de s’exprimer autrement que par le langage, et lui permettre d’augmenter ses capacités de communiquer.
Pour en savoir plus, cliquez ici
Ou connectez-vous sur http://www.pecs-france.fr/

La prise en charge en psychomotricité
 

La psychomotricité est une thérapeutique à médiation corporelle, basée sur la relation ou le lien entre le corps (le soma) et la psyché (la vie psychique, affective, émotionnelle). Elle agit sur le corps pour rétablir les fonctions physiques, mentales et affectives entravées. Sa spécificité est de considérer l’individu dans sa globalité, en intervenant sur le corps.
Avant de prendre en charge un enfant, le(la) psychomotricien(ne), qui agit sur prescription médicale, réalise un bilan psychomoteur. A l’aide d’un entretien et de différents tests (BHK, Latéralité de Auzias, Bergès-Lézine, examen du tonus, Brunet-Lézine…), il(elle) va pouvoir évaluer les capacités et difficultés du sujet en ce qui concerne ses coordinations motrices globales, son organisation spatio-temporelle, sa construction du schéma corporel ou sa motricité fine.

Selon les objectifs prédéfinis, le(la) psychomotricien(ne) va aider l’enfant autiste à percevoir son corps, à se le représenter et à s’en servir pour investir son environnement, exprimer ses émotions ou entrer en relation avec les autres.

Quelle thérapie pour quels types de troubles ?

La rééducation va consister à travailler sur un certain nombre de troubles bien identifiés chez l’enfant :

  1. favoriser le développement psychomoteur,
  2. renforcer la régulation tonique,
  3. construire et consolider le schéma corporel,
  4. affiner et orienter les troubles de la latéralité,
  5. améliorer les troubles de l’organisation spatio-temporelle,
  6. rééduquer les maladresses motrices et gestuelles, les dyspraxies,
  7. renforcer la graphomotricité (à l’exclusion de la rééducation du langage écrit),
  8. améliorer les régulations émotionnelles et relationnelles.

Quelques exemples concrets :

  1. Décodage des expressions du visage à l’aide d’un miroir, d’images, de mimes…
  2. Apprentissage des émotions à travers des jeux de marionnettes, des dessins…
  3. Travail sur les sensations du corps avec plumes, percussions …

 

L’expérience professionnelle d’une psychomotricienne avec des enfants autistes

« L’enfant est un être en construction ; son organisation psychique est cours d’élaboration. La psychomotricité est née du constat que la construction psychique s’étaye sur le corporel. D’où  l’approche thérapeutique par la médiation corporelle.

La psychomotricité s’adresse eux enfants qui se trouvent en difficulté dans leur corps pour communiquer, s’exprimer, et pour agir sur le monde extérieur :
- point de vue corporel ou somatognosique : maladresses, incoordination motrice, crispations ; schéma corporel/latéralité mal intégrés, voire image de soi négative…
- point de vue relationnel : difficultés de communication et de contact, inhibition, instabilité, agressivité, difficultés de concentration…
- point de vue environnemental : difficultés à manier les objets, à se situer dans le temps et l’espace…

Nous pourrions dire que, pour les enfants autistes, la problématique corporelle de base n’est pas dépassée. Ils ont des troubles majeurs de l’image du corps, d’habiter leur corps et des troubles de la relation. L’enfant autiste ne semble pas avoir une perception globale de son corps ; il se sent très morcelé. Il va avoir des jeux moteurs stéréotypés. La méconnaissance du corps propre est telle qu’il apparaît des confusions dans son utilisation. Par exemple, si l’enfant veut saisir un objet, il peut se servir autant de la main de l’adulte que de sa propre main  sans distinguer à qui appartient les différents segments.

Avec ces petits patients, le travail va se situer au niveau de l’enveloppe corporelle, faisant appel aux premiers échanges de l’enfant (portage, bercement, réassurance, jeux de corps à corps, enveloppements) associés au regard. L’objectif va être de créer ou consolider cette enveloppe corporelle pour éveiller une conscience du corps rassemblé, contenant, les notions de dedans et de dehors, les limites corporelles. 
Les objectifs de la prise en charge en psychomotricité vont être de renforcer la conscience du corps notamment l’axe vertébral ainsi que les appuis au sol. Pour cela des jeux toniques de « tirer-pousser » pour prendre conscience des muscles en mouvement sont proposés ainsi que des massages avec des balles sensorielles, percussions dans le dos pour sentir la structure osseuse.

Le psychomotricien accompagne l’enfant autiste dans la découverte de son « moi corporel », l’aide à vivre une motricité plus liée et qui prend un sens. C’est bien qu’un enfant saute à pieds joints mais s’il a conscience de son corps en mouvement et à plaisir dans l’interaction à sauter c’est mieux !
Il me semble que la spécificité du psychomotricien est de donner la possibilité aux enfants d’éprouver leur corps dans sa totalité, leur appartenant, comme source de plaisir, pour une connaissance de soi et de l’environnement, avec ses composantes toniques, émotionnelles, corporelles et intellectuelles en mettant en jeu leur faculté d’être et d’agir par le corps en relation dans le mouvement ».

Juliette Champetier de Ribes, Psychomotricienne DE en libéral.

 
     
     
 
 
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